C'est fini, bien ou mal... mais ici fini !

 

 

 

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FRIPOUILLE LE CHABLAISIEN

 

ou l'insoutenable légèreté de mes maîtres 

( fin du feuilleton hebbo, paraissant le Vendredi)

 
 Il n’est pas plus traître miroir que celui de la fiction. Les morts dans la pénombre, les êtres vivants, les ombres nues de l’enfance, les ressemblances ou encore la fortuite et pure coïncidence... L’imposture, même inconsciente, d’un auteur avec sa propre histoire déconstruite a immanquablement des reflets... 

 

 Du sable dans la vaseline :

 

Jean-Pierre, lui, reprend trois fois du sauté. Moi, je crois que j’entends encore comme un léger bruit à l’étage.

Cette fois, aucun risque de me retrouver face à la nudité de l’un des membres de la famille Beyer. Ils sont bien tous rassemblés autour de la table.

Je monte... Vous allez voir que je peux être aussi, moi, Fripouille, un bon chien de garde.
Le bruit, comme un bourdonnement sourd, vient de là.
Oui, c’est bien ça, c’est dans la chambre à coucher de Monique et Jean-Pierre.

Sous la couette repliée couleur parme, un objet rose, oblong, vibre tout seul.

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Qu’est-ce que c’est pour un fourbi, cet engin ?
C’est peut être dangereux ! Je le pousse un peu d’un coup de museau, ça remue encore.

Les basses ondes qui proviennent de ce bidule me prennent grave la tête, pour parler comme Jean-Charles.
Bon, allez, sois courageux, Fripouille, ça va pas te manger !
Et je te fous un grand coup de mâchoire en plein milieu.

Ouh, la secousse entre les crocs !

Cette infernale saloperie tombe sur le parquet. Après un petit temps d’arrêt, elle se met tout de suite à tourner à toute vitesse sur elle- même.

Ma parole, c’est une bombe, un robot ? Je recule.

J’attends un peu, inquiet. Je ressaute dessus comme un sauvage, à pleines dents.
Ouf, je l’ai eue. J’ai vaincu cette saloperie plus que menaçante.

Empli de fierté, gonflé d’estime de moi, je redescends les escaliers avec mon trophée dans la gueule.
Me voilà !
Vous allez être contents de moi. J’ai vaincu, et tout seul, cette sale et agressive bestiole.

J’arrive dans le salon, et là, c’est surréaliste.
J’assiste, dérouté, à un long plan séquence de cinéma burlesque dans lequel je partage le rôle principal avec Monique.

Devant la table familiale, tout le monde me fixe, avec comme de l’étonnement dans le regard de chacun d’eux.
Monique, comment dire, est écarlate.
Envahi de mauvaises chaleurs, son visage se défait tout à coup. Protéiforme, il se décompose comme du latex sous la chaleur dans un dessin animé de Tex Avery.

FRIPOUILLE FIN

Il semble soudainement dire de façon théâtrale : oh, my god ! dans la langue vibrante de Shakespeare.
Jean-Pierre, lui, est circonspect. Les enfants, eux, se regardent, vraiment intrigués.

Tout à coup, comme une furie, Monique se jette sur moi. Elle arrache ma prise comme une brute guerrière amazone en hurlant :
- Il est vraiment dégoûtant, ce cabot. C’est quoi que ce morceau

de barbaque pourrie qu’il a été encore ramasser ? Décidément, Fripouille, tu resteras toute ta vie un mange-merde !

Quelle vulgarité, quelle mauvaise foi, et elle court mettre l’objet de cette folle crise subite dans la poubelle de la cuisine.
Après plusieurs longues minutes de silence, le repas s’achève.

Je suis bien obligé de me cacher dans le vestibule si je veux échapper aux regards noirs et obliques de Monique.
Jean-Pierre, lui, après avoir discrètement regardé dans la poubelle de la cuisine, est parti, comme convenu, emmener les enfants au Multiplex cinémas à la sortie de Thonon-les-Bains.

Monique, elle, est maintenant comme prostrée sur sa chaise.
Et là, j’en suis encore tout étonné, après son café, elle picole de la poire...

POIRE

Elle me regarde, les yeux vides.
Elle me montre à voir ce que je n’imaginais pas de son être : sa fragile humanité. Ceci ayant lieu (pour moi et, pour une fois, envers elle, aujourd’hui si désunie) de m’émouvoir quelque peu.
Elle tourne la tête et se remet trois verres dans le tiroir.
Quelques minutes plus tard, Jean-Pierre revient.
- Ben, tu ne vas pas au cabinet, tantôt... Tu as oublié quelque chose ? En psy moyen, le Jean-Pierre, il voit vite que sa femme défaite est en train de picoler.
- Je ne sais pas pourquoi, Pierre-Jean, en ce moment, pour moi, 
pour nous, tout va de guingois...

Elle se lève. Il est debout. Elle s’approche, lui aussi.
Il est 14 heures, l’heure rituelle des feux de l’amour.
Ils s’enlacent. Ils s’embrassent. Moi, je ne sais plus où me foutre.

Je vais me réfugier sous les escaliers... - Qu’est-ce qui nous arrive, chouchou ? - Qu’est-ce qui te prend, Pierre-Jean ?

Puis, comme un Rocco entreprenant du pipeau ou comme un Ziffredi, sûr de lui, il lui dit et presque à haute voix :
- J’ai envie... J’ai envie de toi, Monique, toute suite !
- Oh, Pierre-Jean, il y a si longtemps...

-Oui, chouchou, depuis l’année passée, le soir du 14 juillet, exactement, dans la grange de ta maman...

Alors ça, c’est le final, le bouquet ! Ils se serrent. Ils se touchent. J’ai rien compris à ce film.

On dirait la fin en travelling d’un vieux navet de Claude Lelouch avec les bêlements interminables de Nicole Croâsille sur une musique de Michel Legrand.

Quelle relation avec mon action incomprise de tout à l’heure débouche maintenant sur les retrouvailles charnelles de mes deux maîtres ?
Mystère, et les deux amoureux de courir enfiévrés dans leur chambre, et moi d’attendre la fin de leur commerce intime derrière la porte, puis au bas de l’escalier.

Et si l’amour était à l’homme ce que l’os est au chien, une façon de passer le temps pour chercher pourquoi il vit...

Des bruits poussifs, et comme laborieux, de literie et qui n’en finissent pas. Il est pratiquement 15 heures 30, et ils redescendent toujours pas...
Si, voilà Jean-Pierre, rouge comme un homard américain surcuit, qui déboule.

Il enfile sa veste. Il recoiffe sa relative calvitie en vitesse, et lance haut et fort :
- Chouchou, j’emmène Fripouille, tu seras tranquille !

 Avec Jean-Pierre, complètement essoufflé, nous arrivons au pas de course devant son cabinet.

- Excusez-moi, du retard, un problème de plomberie à la maison. 

 Je suis navré. Je vous en prie, madame Perracinautrop. Veuillez vous donner la peine d’entrer.

Fatigué par tous ces événements dont j’ai été encore une fois la cible, je me couche, après tous ces contrecoups, en chien de fusil déchargé derrière le divan.
Jean-Pierre, lui, est bien assis dans son large fauteuil.

À la main, tel un Julien Lepers en mode ralenti, il parcourt la fiche enfin retrouvée de sa patiente.
- Bon, oui, pardon, madame Perracinautrop... Oui, voilà...

Nous en étions restés, le 5 juillet 1951, au parc zoologique de la Tête d’Or, à Lyon, le jour de votre anniversaire.
Votre père distant et froid est devant votre mère et vous. Il regarde des biches avec dédain...

 

 

                      FIN.

BICHES

 

 

 

Polycarpe.

 

FRIPOUILLE

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La fin vous a plut, plus que le milieu, moins que le début...

Un livre existe encore, il peut se commander en ligne chez un éditeur indépendant qui se persuade économiquement de faire avec les délires d'autrui, un commerce à peu près semblable aux autres... alors que...

Les droits de ce livre se revendiquant ouvertement délirant, sont destinés à une association pour la prévention du cancer du sein ( SEINS LEMAN AVENIR) du docteur Jacques Salvat, car il n'y a pas lieu de déconner plus que de raison, avec le destin des femmes qui nous entoure au sens propre comme au figuré ( sensuel recherché)... et disons-le presque gêné :

" Elles nous sont définitivement plus qu'indispensables pour que ce monde de dingues, soit parfois quelque peu vivable "

( à bientôt...)

Polycarpe.

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  " Je voudrais qu'à cet âge
On sortît de la vie ainsi que d'un banquet " ( Jean de la Fontaine)