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FRIPOUILLE LE CHABLAISIEN

ou l'insoutenable légèreté de mes maîtres 

( feuilleton hebbo, paraissant le Vendredi)

 

 Il n’est pas plus traître miroir que celui de la fiction. Les morts dans la pénombre, les êtres vivants, les ombres nues de l’enfance, les ressemblances ou encore la fortuite et pure coïncidence... L’imposture, même inconsciente, d’un auteur avec sa propre histoire déconstruite a immanquablement des reflets... 

 

 

Les plaisirs et les jours 

 

Si j’ai bien observé et compris la situation, je crois que nous partons pour une dizaine de jours dans le village de Monique. Le samedi étant celui de l’anniversaire de l’Angeline, sa vieille mère. L’atmosphère est un peu électrique ce matin. Monique a perdu des affaires. Elle vitupère contre son mari et ses enfants, qui ne rangent rien. 

Et moi (qui en ai quatre) paraît-il, quelle mauvaise foi... je traîne toujours, quand il ne le faut pas, dans ses pattes ! 

Bellevaux, c’est pas loin ! Pourtant, la Monique, elle, a comprimé deux valises comme si elle partait en Nouvelle-Guinée.
Le c’est pas un peu trop, chouchou ? de Pierre-Jean s’est ramassé plein front un noir regard et une chienne réplique qui m’ont rappelé mon séjour à la SPA avec le tout-venant canin. 

- Pierre-Jean, t’as bien mis la plante de maman dans le coffre ?
Ben oui, il se gaffe, le mari... C’est que la Monique, si elle est contrariée, cela peut durer la semaine.
Tous dans la berline, on a tôt fait de se retrouver boulevard des Vallées et, à droite, direction Bellevaux.

Sur les hauteurs de Thonon, je peux apercevoir cette belle cité à chaque lacet, avec encore plus de plaisir dans les yeux.
Bon sang ! Ça fouette, et bien, par ici, comme une senteur à l’ammoniaque de cochon prisonnier. De l’animal stressé qui n’a jamais, jamais foutu son groin dans la terre, en bâfrant de la daube en poudre diluée dans une prison (cloaque à merde, certifiée Label Rouge). 

Armoy, charmant village. Dans une grotte, une dame de pierre blanche nous salue.

GROTTE ARMOY

L’air est un peu plus frais.

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Reyvroz, puis, après de beaux lacets dans la verdure, Vailly. La voiture s’arrête devant la boulangerie. 

Monique, rapide, descend. Elle ramène deux grosses boules brunes dont le parfum enivre les sensibles récepteurs de ma truffe humide. Personne n’a entendu ou vraiment senti, comme il est donné naturellement à un chien. Pierre-Jean, bien qu’il n’ait rien montré, tassé derrière son volant, a étouffé un vent à la sortie du village du Lavouet. 

Quelques minutes plus tard, l’air ambiant et le paysage sont plus dégagés. 

Nous arrivons dans un écrin de belles vallées, de montagnes d’une absolue beauté.
Nous sommes à Bellevaux, la commune de Monique, qui s’applique pourtant, avec son mascara, à bientôt se distancier des canons locaux du paraître en montagne. 

Sur la gauche, la place du village, véritable carte postale d’harmonie, sereine et belle, articulée autour de la majesté tranquille de sa pluricentenaire église, aujourd’hui baignée d’un divin soleil. Lentement, nous traversons le chef-lieu. 

Une petite école, un plaisant hôtel, deux pompes à essence devant un petit commerce. 

En face, sur le toit d’une boucherie, six corbeaux tournent en rond. Ils malversent depuis la nuit des temps chartreux sur le conseil municipal et les indivis de Vallon.
Le Champ du Noyer, un petit hameau, un tas de fumier, un grand bassin gris, Pierre-Jean ralentit, puis s’arrête. 

Sur le côté, une vieille ferme imposante ; apparemment, nous sommes arrivés dans la famille de Monique, les Meynet-Cordonnier. C’est Éléonore qui me libère enfin du coffre et d’une envie de pisser qui m’agaçait les reins depuis un moment. 

Là-bas, près des tables disposées en plein air devant le bâtiment, un arbre centenaire, une odeur séchée d’urine pas très claire.
Je peux enfin lever la patte et annoncer, soulagé, mon arrivée en qualité de chien invité à celles et ceux de mon espèce. 

Ici, il y a déjà un monde conséquent, de l’accordéon et quelques chants.

En premier, je m’approche d’un grand parc clôturé où paissent une dizaine de bovidés de la race d’Abondance et deux élégantes Tarines. Instantanément, instinctivement, affectivement, définitivement, j’aime les vaches.

VACHES

Leurs robes sont soyeuses et de couleur délicieuse chocolat foncé. Dans une harmonie de mamelles blanches et abondantes, elles exposent leurs apaisantes et infinies féminités. Soulignées par le son varié des cloches dans une lente chorégraphie des champs inlassablement répétée, elles gardent, sereines et, par chance pour nous, comme avant, le temps du monde... 

Une senteur prégnante de barbaque grillée, de saucissons à l’ail, de diots marinés et de vinasse fermentée m’assaille d’entrée l’extrémité du museau. 

Mes maîtres sont rentrés dans la ferme avec leurs bagages.
Moi, je fais et refais le tour de la propriété, de tout ce commerce et des invités.
Compte tenu de mes capacités, il ne me faut pas une heure, de l’apéro en train de se dérouler, pour connaître et remettre tout ce petit monde dans le contexte familial ou amical de Bellevaux.

 

Polycarpe ( Christian Cornier)

FRIPOUILLE

 

 

La suite vendredi prochain. les plus impatientes d'entre-vous ont encore la possibilité de commander le livre en ligne sur le site de l'éditeur.
Contraitement à Fillion ou Macron, les droits d'auteurs ne sont pas pour l'auteur, mais pour l'association pour la prévention du cancer du sein, du docteur Jacques Salvat : SEINS LEMAN AVENIR.