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FRIPOUILLE LE CHABLAISIEN

ou l'insoutenable légèreté de mes maîtres 

( feuilleton hebbo, paraissant le Vendredi)

 
 Il n’est pas plus traître miroir que celui de la fiction. Les morts dans la pénombre, les êtres vivants, les ombres nues de l’enfance, les ressemblances ou encore la fortuite et pure coïncidence... L’imposture, même inconsciente, d’un auteur avec sa propre histoire déconstruite a immanquablement des reflets... 

 

J'apprend que l'on attend le couple des Gavard et que le jeu se nomme la tape. Je m'étends près du vaisselier. J'ai le hoquet.

Je me demande, en apparté, si j'ai pas trop bouffé, moi... ce soir. Par habitude et pour faire sourire les enfants, j'étale mes pattes arrière en croix. Je pose mon avenant museau à même le sol.

Les invités sont arrivés.

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Cela sent la gnôle chaude dans les bols et les rissoles aux poires. Les parties s'enchainent. pourquoi parlent-ils si fort et moi... pourquoi toutes ces gargouilles dans mon ventre ?

Je dois bientôt me rendre à l'évidence des mes entrailles. je suis bel et bien barbouillé.

La vieille horloge de la chambre de l'Angeline sonne les douze coups de minuit.
Une autre partie est engagée.

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Les enfants sont montés se coucher.
Supris, ma queue, sans aucune maitrise, s'est brusquement soulevée comme un détendeur d'air comprimé soudainement libéré. Elle laisse échapper, ce que le délicat citadin, nommera un vent.

A l'intérieur de mon ventre, on dirait maintenant comme le va et vient d'une cuve à vidanger le méthane résultant de la putréfaction industrielle de la gente caprine.


Je me tords. 

Je serre mes cuisses arrières du plus fort que j'en puisse; Il se passe de l'étrange gazeux, comme une véritable entéralgie dans mes boyaux. Je les ressens maintenant brûlants comme des pots d'échappements incandescents.

C'est pas dieu possible, je le sens, je cours au désastre, à la catastrophe écologique majeure. Tant pis, je ne sais s'il y aura aussi un enfer pour les chiens, mais je dois agir à la seconde pour sauver ma déjà très mauvaise réputation. Je me rue sous la chaise de l'Angeline, qui, pour l'instant, a encore de la chance et de l'atout dans son jeu.

A cet instant précis, ma situation intestinale m'échappe totalement et violemment.Là, ce n'est plus le léger soufflet annonciateur de mon dérangement en cours, mais comme une sourde explosion au gaz câpre moutarde que je ne peux, en désespoir, contenir davantage.

Il est trop tard pour prendre des précautions quand il n'y a plus de remède ( que l'on peut traduire plus crûment selon lou R'venien de pinta d'Iouâ, par : " Y est tret ter de fréma le cul, kan le pé z'et four ! ".

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Il ne me faut que quelques secondes à hauteur du sol pour m'épouvanter moi-même de l'odeur de boue jaune phosphatée ou de nitrobenzéne qui va bientôt se propager. D'ailleurs, je jappe ! L'effet du souffle est dévastateur.

Fuyant la catastrophe annoncée d'un nouveau Bopal, AZF ou Feyin, comme les effets paralysants d'une attaque chimique au Zyklon B ou au gaz sarin, je me rends vers la porte en courant.

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- Il est pas un peu fou, votre chien, hein, Monique? demande l'Angeline, qui ramasse unpli gagnant.

 

Autour de la table, chacun délaisse subitement son jeu de cartes des yeux. On lit sur chacun des traits des joueurs comme une stupéfaction, une gêne indicible.

Monique, est blanche comme un linge d'office. Jean-Pierre, lui respire maintenant comme un poisson rouge derrière un bocal. Ses yeux vitreux roulent vers l'arrière comme pour illustrer un début d'agonie.

Gérard, se plaque la main sur le bas du visage.

- Ben alors, vous jouez ou bien ?

Les invités  tournent la tête en guise de seule réponse à l'Angeline. Puis, ils semblent chercher un air moins vicié sur le côté. Leurs cloisons nasales vibrent. Elles se bloquent dans un instant de stupeur.

Leurs yeux rougis exorbités sont inondés de liquide lacrymal comme une ultime précaution instinctive venue du fond des âges pour faire face au danger.

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C'est infect, paralysant, c'est horrible...

Cela pue, schlingue comme un charnier de Serbie. Cela renifle comme dans une chambre froide de Mc Do désaffectée, comme dans les W-C d'une télé-réalité ou les égouts d'une tannerie innondée. Cela prend le cerveau, retourne le coeur et les boyaux, affole toutes les glandes environnantes qui se demandent dans combien de secondes, cette odeur de vidange immonde va définitivement les sécher.

Enfin Christophe, qui sommeillait auparavant sur le canapé, sursaute en libérant cette assemblée d'une parole :

- Houla, mais çà pue là-dedans. Il faut appeler les pompiers... Le gaz est fermé ici ? Il y a quelque chose de renversé ?

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Gérard, en se précipitant vers la fenêtre, indique son ignorance, et l'Angeline, elle commence à s'impatienter...

- Pourquoi on arrête en plein milieu ?

- Maman, tu n'es pas malade ? demande Monique, visiblement gênée, en se penchant vers l'oreille de sa mère.

 

Polycarpe.


( La suite vendredi prochain, nous saurons dans le même climat nauséabond, le score de Marine et Macron, ainsi que la fin de cette séquence d'élection pestilentielle... Pour les plus impatients bien sûr, le livre de ce récit existe encore et peut en ligne, se commander sur le site de mon éditeur, en rappelant que les droits sont destinés à l'association du docteur Jacques Salvat, pour la prévention du cancer du sein " SEINS LEMAN AVENIR")

FRIPOUILLE