TableauOk (1)

 

 

 

 I - Fantasmes et phobies 

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Fantasmes et phobies nous plongent dans les méandres de l’âme humaine. 

Essayons d’éclaircir quelque peu ces contrées obscures où s’échafaudent continuellement des constructions mentales.

Vous avez compris, cette courte introduction ne veut pas dire grand-chose mais ça nous met dans l’ambiance avec du mystère et tout.

Il nous faut maintenant entrer dans le vif du sujet.

Tout d’abord, le mot « phobie » dérive de « phobos » et désigne un éphèbe grec imberbe, soit disant fils d’un dieu et qui est sensé inspirer la crainte.

A la rigueur, ça peut faire flipper un hétérosexuel convaincu. Mais ne nous égarons pas et essayons de dresser une liste des phobies :

La phobie des mouches noires aux branchies argentées qui est bien connue des fumeurs de substances psycho actives.

La phobie du port des chaussettes avec des sandales qui touche très peu les touristes allemands ou hollandais.

La phobie des juifs qui a donné lieu à des happenings controversés en Europe de l’est.

A cette liste, il est nécessaire d’ajouter la phobie des clowns que l’on nomme « coulrophobie » et qui rend nécessaire l’organisation d’une période de chasse pour en réguler l’espèce.

Intéressons-nous ensuite aux fantasmes qui habitent même les plus médiocres d’entre-nous.

Les ignorants seront heureux d’apprendre que ce terme provient du latin « phantasma » et veut dire « fantôme, spectre ».

Cette signification originelle est magnifiquement illustrée dans le film « phantasm » de Don Coscarelli. Ce long métrage d’art et d’essai met en scène un adolescent nécrophile en pleine quête identitaire.

Le jeune homme surprend le fantôme d’un croque-mort géant qui transforme le corps des morts en nains pour les réduire en esclavage.

Cette œuvre cinématographique se veut avant tout une allégorie psychanalytique qui permet de ne plus avoir honte de fantasmer sur des nains obèses.

A l’issu de cette brève évocation des phobies et des fantasmes, il nous reste à faire le lien entre ces deux notions qui cohabitent dans notre imaginaire (putain, c’est beau, mais c’est quoi le lien en fait ?)    

 

 II - Savoir-faire et tradition :

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Que sont devenues nos recettes maison gardées jalousement parmi nos savoir faire et nos traditions ?

Tout a foutu le camp, noyé dans l’uniformisation de nos sociétés aseptisées.

Même la publicité n’arrive plus à entretenir l’illusion.

Le père Dodu et Mamie Nova, ont été internés pour démence.

L’ami Ricoré, a rejoint la belle des champs en cure de désintoxication. Seul le capitaine Igloo, tient encore la barre mais il est inquiété dans une sombre histoire d’attouchements. Il faut croire qu’il a perdu la raison au milieu de tous ces bâtonnets.

Où sont passées les petites recettes d’antan. Celles qui mijotaient au coin du feu assaisonnées avec une pincée d’arsenic par des femmes au foyer dévouées comme Hélène Jegado ou Marie Besnard.

Que sont devenus nos savoir faire ?

Ceux qui permettaient de libérer la parole de prisonniers récalcitrants dans la tourmente de la bataille d’Alger.

Heureusement, la CIA a repris le flambeau et remet au goût du jour ces méthodes d’interrogatoire pour tirer les vers du nez à de méchants barbus. 

L’expertise de grandes firmes bienfaitrices de l’environnement se perpétue.

L’agent orange disséminé dans les années 60 a laissé place aux cultures transgéniques d’aujourd’hui.

Et nos traditions ? Dieu merci, certaines d’entre elles ont subsisté. 

Les chasseurs ont toujours le souci de réguler leurs effectifs en s’éliminant eux-mêmes grâce à des boissons fermentées. 

Les religieux continuent de penser qu’il faut renoncer aux plaisirs terrestres avant de pouvoir prendre son pied dans l’au-delà. 

Le droit de cuissage a persisté. Les producteurs l’exercent désormais à la place des seigneurs.

Les juifs et les francs-maçons restent bien évidemment à la pointe du complot.

Les illuminatis les ont rejoints pour créer un pouvoir occulte et déstabiliser notre planète.

Les chansons interminables des films Disney résonnent encore dans les oreilles d’une nouvelle génération d’enfants traumatisés.

 Ainsi, il devient nécessaire de relativiser : tout n’a pas foutu le camp. Les recettes maison, les savoir faire et les traditions existeront aussi longtemps que l’espèce humaine. 

Nous avons besoin de nous laisser bercer par ce folklore teinté de douce nostalgie qui agit comme un suppositoire apaisant. Mais ces reliques d’un passé réel ou fantasmé peuvent constituer des instruments de manipulation entre les mains des conservateurs.

Prenez garde, une fois passé l’effet du suppositoire, vous risquez d’avoir mal au cul à votre réveil…      

 

III - Sauve le monde : 

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 C’est la petite voix intérieure murmurée au super héros qui sommeille en nous.

 Il ne reste plus qu’à enfiler un costume moulant et un masque en kevlar et penser très fort que l’on va protéger la terre. 

Mais pour assurer cette protection, il faut détecter précisément ce qui menace notre planète.

Le principal danger émane de l’homme lui-même et de ses activités.

Une seule solution s’impose pour sauver le monde : en finir avec l’humanité.

Cette mission incombe à un héros d’un nouveau type à la fois tueur en série et philanthrope.

Il doit tuer ses semblables de manière désintéressée et cela au service d’une juste cause : préserver la planète.

Il n’entretient aucune animosité envers les personnes, il élimine avant tout leurs empreintes carbones. 

Ce vengeur d’un environnement bafoué pourrait sortir tout droit d’un film comme « Nail gun massacre » de Terry Lofton. Le titre annonce la couleur et promet un carnage au pistolet à clou avec une image dégueulasse et un doublage approximatif. D’ailleurs, le long métrage de 1985 innove surtout par ses imperfections.

Une œuvre aussi ratée, ça en devient sublime. Mais un tel naufrage cinématographique a le mérite de faire émerger un modèle de bourreau assez atypique. Ce dernier est non seulement armé comme un bricoleur du dimanche mais il est aussi affublé d’un treillis et d’un casque de moto avec des bandes de scotch noir sur la visière.

Avec un équipement au rabais et une voix proche de la dictée magique, il prononce des phrases définitives du genre : « la mort est ton destin.. .. » avant de ponctuer ses propos par un rire retravaillé au synthé. 

Un personnage comme celui-ci offre une source d’inspiration précieuse à la création d’un super héros moderne, une sorte d’écologiste radical prêt à sacrifier l’espèce humaine pour sauver la terre. Et puis la symbolique du clou s’inscrit parfaitement dans la dynamique sacrificielle du christianisme.

Et si le véritable message messianique devenait : « Clouez-vous les uns les autres pour le salut du monde » ?

 Les chrétiens auraient de nouveau la possibilité de mourir en martyres comme à la grande époque de l’empire romain où de magnifiques parades avec des fauves au cœur du Colisée laissaient place à des bûchers en terrasse dans de splendides spectacles son et lumière sur les hauteurs de la ville éternelle.

Il importe de rattraper le retard pris sur l’islam en matière de martyrologie et d’opposer à la modernité de la ceinture explosive la tradition du clou.

Ainsi, grâce à l’apport des religions et sous l’impulsion d’un héros impliqué dans l’élimination physique de ses congénères, nous permettrons à la terre de se régénérer.  

Mais avant d’en venir au pistolet à clou, il doit bien exister une solution plus pacifique à explorer pour sauver le monde.

Peut-être faudrait-il un mélange d’oisiveté et d’autodérision capable de détourner l’homme de son instinct de prédation sur les ressources naturelles… 

 

IV - Secret de famille :

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Un secret de famille bien refoulé, c’est un point de départ idéal pour un film d’horreur viscéral. 

Imaginons le décor : une campagne isolée du sud profond des États-Unis où la boue et les marais envahissent des bois parsemés d’animaux morts. 

Ici, même la nature est dégénérée : des créatures gluantes et visqueuses émergent des eaux stagnantes sous des nuées de moustiques avides de nouvelles proies à vider.

Au bout d’un chemin sinueux, une vieille baraque en planches se dresse au milieu des troncs d’arbre et des carcasses de voiture. 

Sur le porche de cette cabane, un jeune homme nommé Billy se balance sur son rocking-chair déglingué.

Vêtu d’une salopette délavée et d’une casquette crasseuse, il chique du tabac en déformant encore un peu plus son visage à la symétrie déjà très approximative. 

A l’intérieur de cette bicoque, une femme voûtée et déguenillée essaye de se frayer un passage au milieu des casseroles carbonisées et des vieilles boites de conserve : c’est le mère de Billy. Comme nous pouvons le voir, il existe une certaine harmonie entre les personnages et le décor.

Mais qu’en est-il du secret de famille ? 

Eh bien voilà, il se trouve que le pépé de Billy est aussi son père. Ce chef de famille haut en couleur, braconnier et taxidermiste à ses heures, a commis une fois de plus l’irréparable après avoir empaillé sa femme suite à un accident de chasse.

Cet homme controversé a connu une fin tragique. Il s’est noyé dans une flaque d’eau croupie une nuit où il avait trop forcé sur la gnôle trafiquée. La mère de Billy, elle a toujours gardé le secret sur la filiation de son fiston.

Elle a bien vu que ça tournait pas rond. 

Déjà petit, il avait récupéré un chien éclopé avant de le clouer à une pancarte publicitaire. 

Et puis plus grand, il y a eu ce couple de touristes égarés qu’il a démembré. 

Mais ce n’est pas de sa faute, il entend le diable. En dehors de ça, c’est un brave garçon et un bon bricoleur en plus : il a fabriqué un magnifique abat-jour avec des tendons et un fémur. 

Le témoignage d’amour d’une mère pour son fils, il n’y a pas de meilleur épilogue à cette belle histoire.

Rassurez-vous, ça finit bien : Billy et sa mère vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…

Sans tomber dans l’extrême d’un scénario de redneck movies du genre « massacre à la tronçonneuse », on trouve des horreurs dans toutes les familles. 

Les secrets de famille dissimulent souvent des trucs glauques, monstrueux et scandaleux comme l’inceste, l’humiliation ou l’adhésion à la droite conservatrice.

Alejandro Jodorowsky, le réalisateur du western psychédélique et sanglant « El topo » qui devint culte dans les salles enfumées des années 70, a déclaré dans une interview : 

« Avec cet excrément qu’est notre arbre généalogique nous devons fabriquer le trésor ».

Terminons sur une note positive et à partir de cette fange des non-dits familiaux, construisons ce trésor créatif : un chef d’œuvre ou une daube, peu importe…

 

 V - Parlons cash :

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Parlons cash, parlons de cette monnaie d’échange très largement adoptée. Sa valeur reste unanimement reconnue aussi bien du loup de Wall Street que du clochard du coin de ta rue.

Une accumulation plus importante de ce numéraire permet à l’un de s’offrir une soirée narcotiquo-libertine avec plusieurs liasses tandis que l’autre doit se contenter d’acquérir une mauvaise bière avec quelques pièces rassemblées à la caisse d’un supermarché.

Dans les deux cas, le cash donne accès à une évasion, provoque une émotion par sa seule présence.

Même les moins capitalistes d’entre nous ont ressenti ce petit frisson à l’idée de découvrir une mallette pleine de dollars.

Le mythe de la fortune concrète, directement disponible s’active en nous et évoque le pactole de Crésus, l’or des juifs aussi bien que la compteuse de billets de Tony Montana.

Mais ces histoires fantasmées d’une richesse à portée de main finissent mal en général, surtout quand des rivaux ou des antisémites s’en mêlent.

Quoi qu’il en soit, l’argent sous sa forme matérialisée continue de nous fasciner même en l’absence de métaux précieux. On va pas s’mentir, le cash a le pouvoir de nous faire vibrer puisqu’il attise nos sens :

La vue des grosses coupures telles le Pascal et le Ben Laden, ces billets de 500 balles que tu ne verras plus.

L’ouïe stimulée par le bruit des espèces sonnantes et trébuchantes, cette symphonie du tiroir caisse que tu entendras toujours.

Le toucher sous forme de froissement de papier-monnaie, cette impression de palper la plus grosse somme que tu ne toucheras jamais.

L’odorat car l’argent a bel et bien une odeur, ce parfum subtil d’encre et de coton que tu ne sentiras presque pas.

Le goût métallique des pièces et la fadeur du papier mâché, ce liquide à la saveur amer ou enivrante que tu goûteras encore.    

 

VI - On ne nait pas bâtard, on le devient :

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On ne naît plus bâtard, on le devient.

Au commencement, il y a le bâtard à la sauce judéo-chrétienne qui voit le jour en dehors du lien sacré du mariage. 

Mais cette petite irrégularité avec l’église ne l’empêche pas de faire carrière, notamment dans le métier des armes. C’est le cas pour Guillaume le bâtard qui conquit l’Angleterre à la suite d’une campagne promotionnelle en faveur des lames normandes et de leur confort de coupe incomparable.

C’est bien simple, on n’avait jamais découpé des ennemis aussi nettement que ces rebelles anglo-saxons débités en petits morceaux réguliers sur le champ de bataille.

On est loin aujourd’hui des personnages illustres comme Guillaume le conquérant, fils d’une lingère exhibitionniste devenu roi des anglais.

Désormais, le bâtard évolue dans l’anonymat et fait carrière dans l’économie souterraine. 

Il se spécialise le plus souvent dans la vente de résine et de pièces détachées de voiture.

Il peut être qualifié de « gros bâtard » dans le cadre d’une expansion de son activité ou de « sale bâtard » lorsqu’il utilise des moyens douteux pour éliminer la concurrence.

Malheureusement, ce travailleur de l’ombre jouit d’une mauvaise réputation.

Il faut dire que le bâtard veut inspirer la crainte pour se faire respecter. Il n’hésite donc pas à cultiver une image peu reluisante qui fait de lui une espèce hybride, véritable chaînon manquant entre le crevard et l’enflure. 

Cette renommée pas très flatteuse qu’il entretient bien volontiers ne doit pas faire oublier l’être humain, à la fois pudique et fragile. Réhabilitons-le et considérons qu’au fond de lui il est juste un bâtard sensible.    

 

VII - Le futur :

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Le futur c’était mieux avant.

Quand on imaginait l’avenir avec du carton-pâte et des lumières clignotantes. Quand les explosions atomiques donnaient naissance à d’improbables créatures radioactives.

Quand les robots ou les extra-terrestre reprenaient en main une planète peuplée de hippies et de communistes.

Mais la vision la plus réjouissante de l’avenir reste sans conteste le futur post-apocalyptique.

A l’origine de cette belle évocation, il y a bien sûr un petit cataclysme nucléaire et des bouleversements géopolitiques.

On retrouve cette trame initiale dans un film comme « 2019 après la chute de New York » où le gouvernement américain s’est délocalisé en Arctique et où New York est occupée par des cavaliers fascistes en tenue d’escrimeurs gothiques.

Dans cette version cheap du post nuke, notre héros, coiffé d’un bandana, doit simplement sauver l’humanité en retrouvant la dernière femme fertile qui pionce tranquillement depuis des années dans un caisson en plexiglas !   

Et dire qu’une poignée d’écologistes veut nous priver de ce futur apocalyptique dont le cinéma nous a jadis donné un avant goût.

Devrions-nous dire adieu à une vie en plein air où nous pourrions nous entretuer joyeusement pour quelques litres d’essence ? 

Allons nous renoncer aux longues promenades dans le désert enveloppé par la douceur rassurante générée par les gaz à effet de serre ?

Heureusement non, Shell, Exxon et d’autres bienfaiteurs de l’humanité nous en préservent.

Malgré tout, il faudra patienter pour l’apocalypse et l’avenir s’annonce très chiant avec des applications pour descendre les poubelles et des tupperwarres biométriques.

Définitivement, le futur c’était mieux avant !!!    

 

(Auteur : Julien - I à VII )

 

 

 

280px-Hautecombe

 

 " Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,

  Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages  

  Qui pendent sur tes eaux ".

 

 Désespérant d'images et de mots aussi beaux aussi grands que ceux choisis de Lamartine, nous sommes ainsi que tu le devines, sur le   rivage occidental du lac du Bourget, au pied du mont de la Charvaz.

 Saint Pierre de Curtille, en ce début d'été de bonne heure le matin, brille de milles reflets d'un soleil aux luxuriantes lueurs. Comme   déjà happé par l'eau, le ciel cherche encore à noyer le trop violent de son bleu dans cet immense miroir mouvant que ride léger en   surface de « dancefloor,» un petit vent aléatoire et parfumé.

 Au loin, à deux lieux près d'ici, un busard des roseaux et des grèbes huppés, tournoient au dessus des eaux où baignent l'orchis des   marais.

 Des carpes insouciantes, lasses et grasses, frayent et échangent en bulles profondes, qui lentement autour remontent et s'évanouissent   en cercle à la surface de l'onde toujours réinventée.

 Nous sommes à la Chapelle des Princes, bijoux en magnificence gothique, de pierres agencées en grâce perçue par Saint Ignace de   Loyola, et devenues tombeaux de la maison de Savoie en Chautagne.

 Par une de ces pirouettes (avec triple axel) dont le destin nous gratifie parfois, un groupe de quinze personnes bigarrées, différentes   (socialement,intellectuellement, sexuellement) se retrouvent pour nous aujourd'hui dans ce havre de paix.

 Après une bénédiction du père Laurent Fabre, senior « advisors » de cette boutique grande surface à bondieuserie, ils sont réunis dans   le huis-clos d'une aile de cette célèbre abbaye savoyarde.

 Frère Arthur, un grand rouquin en robe de bure, la peau pigmentée jusqu'au bout des mains, résume d'une voix de Garou des   cathédrales,  les dispositions de la retraite choisie.

 - Bienvenue, frères et soeurs dans ce lieu. Pour débuter ce cheminement, nous vous invitons à confier au frère Antoine, qui passera vers chacun de vous, vos effets personnels ainsi que les autres ustensiles qui vous rattachent parfois avec excès, à la vie terrestre : montre, papiers, portable... Une aube en lin/coton unisexe et un gilet vortex en laine de Hénin-Beaumont, vous sera distribués.

 - Faut-il enlever «paraillement » ses sous-vêtements ? demande une forte dame avec un accent Valaisan.

 - Non çà bien sûr ... non !

Un frisson de gêne rieuse contenue parcourt l'assemblée. Un rictus hautain et incontrôlé trahit soudain la placidité de frère Arthur... Inexorablement, la plèbe sera toujours la plèbe semble dire son regard étonné.

- Oui... aussi  je vous recommande de bien libeller l'étiquette correspondante à votre casier porte-manteau !

Deux par deux, les futurs retraités de Hautecombe, sortent des vestiaires. L'habit ici en ce lieu, fait vraiment le moine. Le civil apparat, la subtile distinction sociale des êtres ont soudainement disparus à ne plus former qu'un gris-blanc troupeau de fidèles disposés à la réflexion.

 - En jouant avec l'arbitraire et le hasard, je vais maintenant former des groupes de trois. Durant deux jours, vous aller devoir cohabiter dans une pièce commune avant que de rejoindre après les complies, les trois cellules individuelles pour la nuit. Ce temps de communion en trinité devra être consacré à un échange sur votre cheminement personnel vers le sacré, vers Dieu... Frère Antoine, passera trois par jour, avec de la tisane, des fruits secs et de la soupe, dans chacun des groupes. Le dernier jour lui, après les laudes, sera destiné à la méditation dans une solitude et un jeûne absolu, dans vos cellules respectives.

La retraite dite Jéricho, inscription en ligne sur le site de Hautecombe, telle est la nouvelle formule à succès du moment. Un mélange social arbitraire et fortuit, une réflexion commune imposée, un jeûne partiel avant que d'être total, puis  la solitude comme pour mieux s'approcher de Dieu, afin de voir un peu de son âme en soi-même, et tout çà pour la modique somme selon vos revenus de 16O à 24O euros, lavabos et latrines compris, carte-bleue acceptée.

 Il y a donc là dans une pièce sobre, aux murs de pierre épais et catalyseur de fraicheur, une femme et deux hommes. La femme est sans doute âgée de quarante deux ans, elle s'appelle Marie-Claire. Le premier des mâles, portant fier et cravaté de soie, se prénomme Charles-Henry, et enfin le dernier, nez et pommettes violettes, s'est annoncé fièrement sous le diminutif de Dédé.

 Aucun des trois, bien entendu n'a suivi le même cheminement pour se retrouver ici dans ces saints lieux empreints de tant sérénité. Marie-Claire, très pratiquante a été plutôt poussée par une amie proche du curé de sa paroisse. Charles-Henry,  haut fonctionnaire du service des douanes de Chambéry, lui,  après de violentes et répétées disputes avec sa compagne, indique avoir fait la démarche de lui-même. Quant à Dédé, c'est sa propre épouse exaspérée, qui l'a inscrit pour ce long week-end, en attendant le placement forcé de son abruti de compagnon à Passy pour une ultime cure de désintoxication.

Une croyante, un mystique tourmenté du bocal et un poivrot notoire, la scène religieuse discussion pouvait commencer.

Dédé : Vous savez pas si nous aurons quelque chose d'autres à boire ?

Charles-Henry : Je crains cher ami, que cela ne soit pas le lieu pour répondre rapidement à votre attente.

Marie-Claire : Pour l'instant je n'ai pas soif, si ce n'est d'absolu !

Dédé, nerveux tressaillait sur sa chaise paillée. D'une main vaguement tremblotante, il en tirait nerveusement le « rafia »Marie-Claire, ses lunettes cerclées, remontées sur le front, avait les bras et les yeux croisés. Il émanait de sa personne, un doucereux mal-être congénitale. Charles-Henry, se massait le front et se sentit dans l'obligation morale de mener le débat en voyant la gêne de ses partenaires imposés.

C-H : Dieu, a exploité tous nos complexes d'infériorité, à commencer par celui de nous empêcher de nous croire des dieux...

M-C : Mais que cela veut-il donc dire ? Commencez pas par perdre de vue, ici dans ce lieu d'élévation et de prière, l'esprit saint. Nous ne sommes pas réunis, en tout cas moi, en aucune façon, pour blasphémer. Votre départ de débat, voyez-vous Charles-Henry, ne m'inspire rien qui vaille, et à Dieu ne plaise, j'attends avec vous deux le partage d'un cheminement spirituel plus élévé et différent...

D : Moi, je ne peux bien discuter qu'avec une chopine. Autour d'un verre, il me semble que les barrières humaines soit moins infranchissables.

C-H : Vous avez raison, cher André, le vin, dans l'histoire compliquée de l'humanité, a plus fait que la théologie, pour rapprocher les hommes entre-eux. Depuis longtemps les ivrognes tristes ont surclassés les confesseurs.

M-C : Oh là-là, vous vous égarez gravement tous les deux. Il faut parler tout de suite du sacrifice et de l'amour du Christ !

C-H : Bon, bon, moi je veux bien parler d'amour, mais pour moi, comment dirais-je, oui... l'obsession divine, la vôtre peut être en particulier, évacue l'amour terrestre. On ne peut aimer passionnément, en même temps, une femme et un Dieu. Le mélange des deux érotiques irréductibles, crée une oscillation interminable et tellement dangereuse que depuis dans l'histoire, presque tous les conciles ont élevés la chasteté, en prioritaire vertu. Une femme peut nous sauver de Dieu, de même Dieu, peut nous délivrer de toutes les femmes...

M-C : Arrêtez tout de suite, vous tournez dans tous les sens pour y prendre au passage la main du malin. Que vienne faire ici dans notre retraite, vos considérations alambiquées sur les femmes et le Seigneur ? Avez-vous, un esprit tellement torturé pour de pareilles contorsions intellectuelles. Il y a, ici et maintenant, je l'exige qu'une question, croyez-vous, croyons-nous que Dieu est amour ?

Visiblement énervée Marie-Claire, d'une voix forte et surfaite presque en hurlement, répète-trois fois cette interrogation pour elle, capitale.

D : Hé-ho, elle arrête de gueuler la meuf, moi je commence a avoir mal à la tête de toutes vos conneries ! 

C-H : Chère madame, j'entends bien que vous voulez rester très ciel à ciel, mais la moindre interrogation sur Dieu, débouche invariablement sur les hommes...

M-C : Non, non !  il y a pour ceci d'autres endroits, le salon de philo, où pour monsieur Dédé, qui n'a visiblement pas appris les codes élémentaires de la politesse, le café du commerce !

Cette dernière remarque à lieu de faire sourire Charles-Henry, cependant poursuivant sur sa lancée :

- Je suis sûr Marie-Claire, que vous pouvez admettre que Dieu, s'installe dans les vides l'âme. Il louche vers nos déserts intérieurs.

M-C : Mais vous, vous avec vos égarements vous en avez rudement besoin de Dieu ! Lorsque l'on écoute vos interrogations sataniques, l'on peut s'interroger sur votre démarche profonde durant ce week-end prolongé. La base de notre échanges de paroles se doit d'être théologique. Si cela n'est plus le cas, je vais tambouriner à la porte pour que frère Antoine, m'affecte à autre groupe plus en recherche d'esprit saint.

Dédé, se tape sur la tête et se grattant l'entre-jambes, admoneste dans son style particulier :

- Quoi, putain de putain, je ne comprends à rien, c'est quoi ce jeux à la con, à la gomme ? Vous me cassez les "roustons " avec votre théologie de bazar ! 

C-H: Ah non, Marie-Claire, pour moi la théologie, c'est la négation de Dieu. L'idée folle d'aller chercher des arguments pour prouver son existence m'est insupportable. Il me semble sincèrement que tout ce qui est institution ( théorique religieuse ou politique) cesse d'être vivant. Vous allez sans doute une fois de plus faire la grimace, mais pour moi, il me semble que l'église et la théologie ont imposés à Dieu, une agonie durable...

A la porte en cèdre plaqué du Liban, l'on vient à frapper. C'est frère Antoine, les yeux rieurs qui apparait courbé, poussant un chariot garni. Immédiatement, cet homme à l'écoute des autres et de lui-même, ressent et repère très vite dans cette pièce renfermée, une ambiance toute chose comme baignant dans une atmosphère à boire de l'éther...

- Frère Antoine, je veux quitter immédiatement ce groupe, pour en rejoindre un autre de moins dérangé.

- Allons, allons ma soeur, calmez-vous, cela n'est pas prévu, car dans ce concept chaque être réunis possède, quoi qu'il en soit ou plus dérangeant qu'on en pense, une part spirituelle latente qui ne demande qu'à s'extérioriser, même dans la surprise des confrontations verbales. Ne sous-estimez pas aussi promptement les profondeurs de chaque créature de Dieu. Le hasard qui est souvent son doigt, peut vous faire découvrir dans ce qui vous semble étranger, une direction en vous mêmes qui pourrait ma fois, vous étonner...

D : - Sérieux, dit Antoine, je ne pourrais pas avoir une bière, une seule ? Je supporte pas le thé !

- Hélas non, mon fils... Je repasserais en fin d'après-midi. Que Dieu s'invite toujours à vos échanges.

Ingurgitant nerveusement une poignée de raisins secs de Corinthe, Marie-Claire plante ses yeux, dans ceux délavés de son contradicteur obligé :

- Vous avez dit des choses épouvantables, je vous le redemande, que faîtes-vous en ce lieu ? Je suis avec un fou et un ivrogne !

André, après avoir mis sept sucres dans son thé, s'étrangle en éjectant au passage d'entre ses dents mordorés, quelques raisins pré-mâchés :

- Si t'es pas contente la ménopausée de mes deux, tu peux déjà rentrer dans ta cellule et sans fermer à clé...Personne je crois, n'ira chatouiller tes gros mollets !

C-H : Dédé, bon sang, çà suffit, taisez-vous ! Marie-Claire, mérite un total respect. C'est une femme en recherche avec ses convictions, son histoire, son âme est perceptible et son visage exprime entre deux relâchements, une grande et troublante douceur...

Cette fin de phrase surprenante et inattendue provoque instantanément dans le corps féminin de ce trio, un petit tsunami, une voie d'eau. Du creux des reins, jusqu'aux avant-bras, celle-ci finit en une vague violente par s'échouer dans l'esprit. de cette enfant de Marie.

Marie-Claire, à la minute, est complètement décontenancé.

Submergé de gêne, elle se reprend aussitôt.

Elle replace d'un geste brusque, ces fades lunettes sur le bout de son nez, en tirant de l'autre main, l'extrémité de sa jupe plissée au dessous de ses pâles genoux.

Charles-Henry, perçoit le trouble occasionné, et ne sent à cette gênante issue, qu'une poursuite échevelée de ses arguments afin de clore cette séquence à sens unique :

- Oui, Marie-Claire, Dédé, nous cherchons tous dans la religion, une consolation à nos défauts, à notre volonté de conquête. Ne devenons-nous pas religieux par crainte d'étouffer dans nos limites maudites, d'ici-bas ?

A cette interrogation, il s'en suit le partage d' une longue plage de silence. André, se gave de noisettes, d'amandes et surtout de pruneaux. Ses mâchoires remuent maintenant telles celles d'un hamster avec aussi, dans son regard une expression de rongeurs, totalement, désespérément, vide de tout sens commun.

Pourquoi à cet endroit précis de la fin de l'après-midi de cette première journée, les conversations entre ces trois personnages glissent vers un dévoilement partiel des sphères intimes de chacun ? Dieu, seul le sait et encore. Il se peut qu'il soit par ailleurs mieux occupé. Mais toujours est-il ou ainsi soit-il, selon le plateau fatalisme ou louangeur de notre balance, il en fût ainsi dans les heures qui suivirent.

L'écho du moi dans l'autre, oui se dit de Charles-Henry, mon appréciation portée son physique, a bien raisonnée en Marie-Claire, puisque sa défiance de départ à dans mon égard fait maintenant place à de l'empathie. Celle-ci se confirme par sa soudaine curiosité.

Entre ces deux éloignés, il s'en suit durant de longues heures, un long échange en profondeur. Celui-ci est seulement perturbé pas les remarques acides de Dédé, complètement largué dans cette métaphysique confessionnelle.

- Houlà, là merde, j'entraves rien à vos conneries. Est-ce qu'on peut, un peu redescendre au niveau des fenêtres ou alors je demande au capucin Antoine, une radio pour écouter les Grosses Têtes !

Avec dans le regard, la condescendance de son orgueil assumé Charles-Henry, redescend à son rang, cet homme sans doute déjà trop familier des humiliations. Les mots, ses mots comme souvent dans ces scènes-là, sont emplis à la va-vite et sans précaution, d'un poison, malheureusement présent en chacun de nous.

Cette poche commune de bile mauvaise verbalisée, est presque toujours mal dosée dans la violence frontale de son envoi ou et souvent pire, dans sa politesse déguisée, complètement ignorée pour l'insidieux de son cheminement à venir sur la victime.

Le venin du verbe, à qui sait le magner est redoutable, impitoyable...

- Oui, Dédé, laissez-nous s'il vous plait encore un peu de temps. L'exploration assainissante de votre subconscient est sans doute pour vous, pas envisageable, mais ayez encore quelques patiences envers nous... je connais aussi deux, trois blagues de Cyrille Hanouna...

Dédé, vexé comme un rat sans queue, marmonne dépité : 

- Même, j'ai p'être l'air, mais j'suis pas un con, en tout cas pas plus que vous deux quand j'entends votre pédalage dans la choucroute !

Ainsi et pour faire vite et concis, se passa le premier jour de cette retraite. Comme classiquement dans un trio, l'exclu fût vite entendu à l'avantage des deux autres.

Dédé, n'ouvrit plus la bouche. Les yeux dans le vide il écoutait ce couple de caste réunis contre lui, sans pouvoir ni vouloir s'immiscer dans leurs échanges de hauteurs plus qu'artificielles.

Dédé, revenu une fois de plus à l'immensité de son vide de vibration identitaire, n'était pas bien.

Cet état, ce constat de lui-même, il y avait très longtemps qu'il l'avait fait. Il remontait du plus tôt de son enfance comme une pré-conscience des êtres et des choses entourant ses premiers pas. Une famille nombreuse sans le sou, ou était présent de temps en temps, le saoul géniteur rentrant bourré et violent, pour s'écrouler sur le canapé tâché et branlant du salon. Les cris, les coups, les manques criants de tout, la hargne de la fratrie à se disputer le peu du rien, tel avait été son triste quotidien de destruction partagée.

La famille, subit comme une cage sans barreau hormis ceux qui lentement, ont poussés dans sa tête jusqu'à devoir enfermer, irrémédiablement dans le malheur, la construction de  sa vie future.

Dans  « l’entrevoyure » colorée des vitraux, Dédé, peut voir que le jour à bout, fatigué, ne se retient plus de ses lumières.

L'heure des loups résonne de son silence.

Marie-Claire et Charles-Henry, sont toujours face à face et s'amusent maintenant de leurs différents remèdes contre la chronicité de leurs insomnies respectives.

Paroles éphémères et petits soucis, se dit André.

Jamais ces deux con-bobos ne connaîtront mes tortures, se dit-il. Ce mal perpétuel ( tailladant de bas en haut, du ciboulot jusqu'aux moindre et bas boyaux) que l'on nomme, entre les yeux embués d'autres miséreux de bistrots :  le sevrage forcé du  « poivrôt…"

- Ah bon, vous prenez du Théralène ? dit Charles-Henry, en cherchant dans sa trousse rouge, un flacon. Moi, cela fait des années que je prends du Stillnox...

- Ah  oui ? s'enquiert Marie-Claire, je crois savoir que cela est très puissant. Il n'y a pas trop d'effets secondaires à la longue ?

- Non, tout est question d'habitude et comme vous sans doute l'indispensable est maintenant fortement installé.

  Marie-Claire, se tourne vers André :

- Vous ne dites plus rien depuis un bon moment, il y a quelque chose qui ne va pas ?

- Non, il y a seulement que je vous emmerde tous deux conjointement, et que je vais prendre congé de votre insupportable compagnie.

Dédé, va rejoindre sa couche, ferme les yeux et cogite, laissant éberlué ces deux compagnons de retraite qui reprennent assez vite, leurs civilités dans la politesse qu'il sied à l'usage à leurs rangs.

Quatre heures ont passées dans ce lieu. Le silence maintenant est absolu.

Dédé, n'a pas trouvé le sommeil, mais comme il arrive parfois lors d'une tension trop prolongée, il a rencontré le diable...

Dans le terrible dessein soufflé par Satan, il a prémédité machiavélique, d'impliquer salement ces deux  « foutrax » de la bourgeoisie, qui dorment et ronflent à quelques mètres de lui. Une sorte de vengeance plaquée sur ces deux êtres dont il a ressenti dans la moindre de ses pores, le condescendant et poli mépris. Pourquoi, aujourd'hui la charge d'une vie d'invisibilité est-elle devenue trop lourde ?  Va savoir le mot, le regard qui a allumé la mèche, en ce milieu de nuit. 

Sa petite lampe de poche, il s'approche de la couche de Charles-Henry.

Surprise, putain !  il voit, nue à ses côtés Marie-Claire, la main sous le ventre proéminent de son amant, elle pionce comme une enclume....

- " Et oui, Dédé ", lui souffle un peu con, le démon : " tant gratte la chèvre que la mâle agit "

Sans se laisser emberlificoter par cette considération pas maligne, du malin, il se re-concentre sur son sinistre projet, en farfouillant méticuleusement dans les affaires  de Charles-Henry. Ce qu'il cherchait, il l'a trouvé. Ensuite, calmement il se dirige vers la couche délaissée de Marie-Claire.

Quelques minutes de retournement sur son chevet, et là aussi, il semble satisfait,  voir même souriant, lorsqu'il repasse vers le lit des nouveaux amants, pour y déposer un contenant...

Puis il regagne à pas feutrés, son lit.

Il s'allonge, patiente quelques longues minutes, et se met à crier fortement...

- Que vous arrive-t'il André, demande ahuri Charles-Henry, accourût.

- Je ne vais vraiment pas bien, pouvez-vous merci, m'apporter un verre d'eau, que je puisse prendre mon Baclofène, je suis en crise.

Le dérangé du sommeil et décontracté des glandes, s'exécute au plus vite.

- Je tremble Charles-Henry, pouvez vous me faire boire, mon cachet est sur la langue.

- Mais oui répond celui-ci,  tout en charité souvent hypocritement ordonnée.

Dédé, multiplie les excuses mélangées avec une déclinaison de remerciements, puis il feint de vouloir se rendormir.

Une heure aura passée, quand soudain des cris encore plus aigües se font entendre...

Dans la tronche d'André, une supplique appuyée fait florès dans tous ses circuits cognitifs. ( Faites madame, la providence qui avec moi vous êtes toujours abstenue, que cette fois-ci, vienne à mon chevet Marie-Claire...)

Dans la minute, qu'elle chance, celle-ci,  sourit André, la voici toute ébouriffée,  présente à son chevet.

- Ah Marie-Claire, merci !  Pardon, je suis malade, je tremble de tous mes membres, puis-je seulement avoir un verre d'eau pour prendre mon traitement anti-alcoolique.

- Mais oui, bien sûr dit-elle en repartant dans sa robe de chambre bleu matelassé, avec le verre désigné par André.

- Merci de me faire boire... ma main a trop la tremblote, voici mon comprimé, murmure l'affaibli.

Tout a marché, tout se combine à merveille, se réjouit le Dédé, en suçant d'un plaisir délicieusement coupable, son deuxième bonbon menthe.

Puis s'accordant encore quelques minutes d'un ravissement cynique, sa détermination à apparaitre ou disparaitre en  « fouteur » de merde, refait surface en interrogation, dans les méandres de son cortex.

Pourquoi, un sursaut de bonne conscience affleure maintenant à son cerveau ?

Après tout ce qu'il a subit sa vie durant, après toutes ces humiliations quotidiennes comme autant d'épines écrasées sur ses faiblesses, pourquoi Dédé, tel judas trahissant cette fois le mauvais apôtre, se sent incapable de suivre le juste-boutisme sournois et impitoyable du diable.

Va comprendre toi,  d'où remonte depuis des siècles, l'indulgence des opprimés pour les exploiteurs.

Il cherche et trouve enfin un stylo, et entreprend d'écrire, ce qui est peut être la première fois, un mot à sa femme.

 

Le billet soigneusement plié, est  glissé soigneusement dans une petite pochette verte, dans laquelle se trouve sa carte vitale.

Il range le tout dans son portefeuille en peau de chèvre largement décrépit.

Avant que de reprendre une position de repos, il sort une mini-bouteille d'eau de Thonon. Il ferme ses paupières, esquisse un léger sourire et s'endort avec le souvenir mélodique d'une chanson (de la  "variette" totalement assumée) entendue entre sept  "pubs" un soir sur RMC.

  " Tout est blanc

    Étouffé

    Faux semblant

    Allongé

    C'est l'hiver, en été "

- Marie-Claire, Charles-Henry, André, vous n'avez pas entendu la sonnerie, il est l'heure des matines ?

- Oui, oui frère Antoine, nous avons mal dormi, André a été malade.

- Bien bon, nous allons le laisser récupérer, mais nous comptons sur vous deux dans cinq minutes pour le premier office.

  Ainsi fut fait dans le déroulé commencé de cette nouvelle journée.

  De retour dans la cellule commune, Charles-Henry visiblement physiquement du matin, se jette sur Marie-Claire qui sans se faire prier    rentre immédiatement en communion avec cet homme dont il savait si peu, sinon son intense désir.

  Deux heures se sont écoulées, quand l'on vient frapper à la porte.

  - Re- bonjour, dit frère Antoine, voici le petit déjeuner. André, n'est toujours pas levé ?

  - Ah oui, non, je vais voir dit Marie-Claire.

  Malgré l'été, la froidure du matin a imprégnée les murs, obligeant Charles-Henry, a enfiler une veste de laine.

 - Au secours, au secours, hurle la quadragénaire, vite, venez, je crois qu'il est mort !

Frère Antoine, se souvenant d'une première année de médecine et d'une syphilis alors contractée, avant que d'intégrer le séminaire, saisi le poignet de l'allongé.

L'absence de pouls immédiatement constaté, mais aussi la vision de ses pupilles parties en couilles, sans parler de son dentier supérieur décroché, le diagnostic est vite fait : il y a eu un rappel brutal de Dieu, pour cette âme agitée...

Frère Antoine, délicatement et d'une seule et large main, ferme les yeux d'Halloween du défunt, et il invite aussitôt les deux affolés de la pièce, à se mettre à genoux, pour une courte prière.

- Venez, tout de suite avec moi, ne touchons plus à rien, nous allons ensemble prévenir père Laurent de ce malheur.

Ce dernier est surpris dans son bureau devant son ordinateur. Un sursaut, il décroche presque violemment ses oreillettes.

Sur l'écran plat, l'image n'est pas parmi les plus pieuses circulant sur l'infini de la toile...

A frére Antoine, cultivé et tout à sa gêne, il revient aussitôt en boomerang dans son ciboulot, ce vers de François Villon : " Qui n'a mesfait ne le doit dire "

Un clic vif sur le point rouge en haut à gauche et le fond d'écran du supérieur comme son propre état, réapparaissent en plus de sérénité. Le lac du Bourget, l'abbaye, la perfection des harmonies, le bleu des eaux, le gris de la pierre, à la droite du cliché, les applications toutes en bondieuseries apparentes, s'inscrivent à la suite, l'une de l'autre.

- Qu'arrive-t'il ? pour me déranger sans précaution de la sorte, frère Antoine.

- Mon père, j'ai frappé plusieurs fois... il y a eu parmi les fidèles en retraite, un mort !

- Un mort ici ? Grand dieu ! Si sa parole semble ici maitrisée, l'esprit enfoui de Père Laurent,  aux signes nerveux trahissant son visage, semble plus populairement dire :  " Putain d'Adèle, qu'elle merde et ennuis vont venir bientôt s'abattre sur ma charge ! "

- Vous n'avez rien touché au moins ? s'enquiert le supérieur.

- Non rien... sinon les yeux de ce malheureux que j'ai refermé.

- Pour la porte de la cellule commune, il en est et à double tour, de même ?

- Ah non, répond en blêmissant frère Antoine.

 L'oeil noir de l'autorité en ces lieux a quelque chose d'immédiatement effrayant... Frère Antoine, en aurait presque comme des tremblements dans les membres supérieurs.

- Dépêchez vous, bon sang de bois,  de faire le nécessaire ! j'appelle de suite la gendarmerie. Quand, à vous deux, veuillez rejoindre frère Arthur, pour reprendre vos habits civils. Votre retraite est malheureusement en cette maison, close pour l'instant...

Dans la demi-heure suivante sous une lumière que d'aucun ici, accommode au divin, tout ce qui côtoie journellement le mal, la misère et la mort, se range, gyrophares bleus éblouissants, sur le parking de l'abbaye.

Le SAMU ??? la mort n'aurait pas été précisée par père Laurent Fabre ? La gendarmerie nationale sous la forme d'une fourgonnette et d'une voiture banalisée.

Le père Laurent, se rend au devant de la maréchaussée.

- Bonjour,  gendarmerie de Saint Pierre de Curtille, je suis Edouard Vautrin, chef de l'unité de recherches, missions, tâches et fonctions, et voici mes trois assistants.

- Bonjour mon père, SAMU de Chavanaz, docteur Mokhtar-Aziz de la Rouvière, et mes deux collègues internes.

- Le teint pâle, l'oeil blafard, père Laurent après avoir rendu les politesses d'usages, propose à tous ce beau monde de le suivre. Dès l'entrée, il interpelle les frères Arthur et Antoine, pour se joindre à cette compagnie.

La cellule est ouverte. C'est le docteur Du Borgel, le plus preste auprès du corps immobile. Pouls reprit, narines médicales approchées de la bouche de l'allongé, la mort est officiellement confirmée.

- Je rédige l'acte de décès, et nous laissons faire votre travail, dit tout doucement le docteur Mokhtar.

- Bien merci, monsieur de la Rouvière, répond haut et fort Edouard, quand même intrigué par la particule plus que bizarre de ce médecin...

- Jacqueline, vous pouvez commencer les photos, Sandrine, et Jérôme de même pour les empreintes digitales et ADN. Quand à vous, pouvez-vous me suivre dans une pièce tranquille, pour m'expliquer le déroulé des faits.

Les trois religieux d'une tête baissée presque synchronisée, se soumettent immédiatement à cet ordre laïc.

- Donc, si j'ai bien tout suivi, de vos propos dans cette cellule, il avait trois personnes, deux hommes André Chavanieux , Pierre-Henry Rivet, et une femme Marie-Claire Panchon, ces  deux dernières personnes m'attendant pour leurs dépositions, dans une annexe de la Chapelle. Vous, frère Antoine, vous êtes rentrés dans la cellule ce matin à 5h 15, c'est bien çà ?

- Oui, inspecteur, je réveille personnellement les retardataires pressenties aux matines communes de cinq heures trente. Les deux compagnons d'André, m'ont de suite indiqués, que celui-ci avait eu une nuit agitée.  Compte tenu de sa personnalité visiblement fragile, j'ai pris la décision de lui laisser finir sa nuit...

- Et vous n'êtes pas allez le voir ?

- Ben non, comment pouvais-je savoir ? balbutie déstabilisé, frère Antoine.

- Non, non ... j'ai rien à dire de plus. Je vous demande simplement d'aller chercher les deux protagonistes qui ont partagés cette affaire.

- Cette mésaventure vous est-elle déjà arrivée dans ce lieu, Père Laurent ?

- Dieu merci, non et nous recevons des milliers d'âmes en retraite chaque année...

- Bien,  je vous prie de bien vouloir vous asseoir tous les deux en face de moi, et vous mes frères de me laisser dans ce tête à tête.

Visiblement Marie-Claire, tire une gueule de carême comme il est pas permis même par le tout puissant. Charles-Henry, lui est nerveux et gratte sans ménagement une plaque rougeâtre apparente sur son avant bras droit.

- Dites-moi, sans omettre le moindre détail dont on ne mesure jamais assez l'importance, comment et précisément s'est passé votre huis-clos avec André Chavanieux ? Je veux tout savoir, sur ses propos, sur ses faits et gestes, et idem avec encore plus de détails pour vous deux.

L'entretien dure une plombe passée. Tout est dit, hormis l'inavouable coucherie ayant rapprochée ces deux êtres en recherche d'eux-mêmes...

- Bien, nous allons garder vos pièces d'identités, je vous rappelle que vous ne devez pas quitter vos domiciles respectifs pour être à la disposition de l'office judiciaire qui devra statuer sur les causes réelles du décès de monsieur Chavanieux...... Merci à vous, et à bientôt.

- Pouvons récupérer nos affaires de toilette, nos trousses de médicaments ? interroge Marie-Claire.

- Et bien non, désolé pas pour l'instant, tout doit être analysé, normalement tout cela, sera fait sous trois jours.

Le couple s'éclipse, presque en courant l'un derrière l'autre. A la porte, Père Laurent les interpelle.

- Bien entendu, j'ai procédé au remboursement de votre virement sur votre compte. J'espère que nous aurons le plaisir de vous recevoir de nouveau dans de meilleures conditions, dans les mois à venir.

Sur le parking, sous le grand platane centenaire abritant d'une soudaine averse Charles-Henry, ce dernier impulsivement attrape le bras de Marie-Claire.

- Mais pourquoi, on ne peut plus se revoir. C'était bien hier soir, ce matin, non ?

- Non, non, non ! hurle Marie-Claire, vous m'avez perverti sournoisement à la fornication. Votre conversation savante, votre envoûtement délétère, étaient portés dès le début, par les raies du vice qui inonde votre personne. Vous n'avez donc pas compris ! Nous avons été maudit par le ciel. La mort a été la réponse, à nos égarements vils et bestiaux, ceux démoniaques de la chair, ceux que justement la bible  dans son immense sagesse, condamne depuis toujours.

- Ah bon, rien que çà, pourtant il me semble que tu remuais bien dans cet enfer... Allez va,  bye- bye et comme dirait Aragon " bonsoir Madame, l'amour s'achève avec la pluie "

Chacun repartit dans son véhicule. Charles-Henry, au volant de son Alpha-Roméo, crût malin de klaxonner Marie-Claire, le nez plaque sur le pare-brise de sa Fiat 5OO, customisée, couleur bonbon rose acidulée.

Quatre jours ont passés et aujourd'hui à huit heures trente, l'on retrouve à la gendarmerie de Saint Pierre de Curtille, les deux furtifs amants d'un jour.

Comment mieux dire, ils ont été cueilli à six heures au petit matin à leurs domiciles respectifs.

Décrire, l'ahurissement perceptible des deux suspects, confinant à trop de facilités d'adjectifs et d'adverbes employés à tord et travers, l'on se contentera présentement ici,  en cette page fortement haletante, de dire qu'ils étaient défait...

Devant le galonné, Edouard Vautrin, le regard luisant noir tel celui d'une hyène rôdant une soir d'été devant des chèvres égarées, Marie-Claire et Charles-Henry,  questionnent conjointement :

- Que se passe-t'il enfin ? C'est quoi, ce cauchemar ?

- Ce cauchemar oui, monsieur Rivet, l'on peut en parler et on va encore le faire pendant des heures. Ce cauchemar, c'est d'abord celui de votre compagnon André Chavanieux, qui a été savamment empoisonné...

- Mais vous êtes dingue, c'est quoi cette histoire de fou ?

- Cette histoire folle, Madame Panchon,  c'est simplement celle que vous n'avez pas voulu  encore dire. La voici sèchement dans ses grosses lignes :

- Dans les viscères d'André Chavanieux, il a été retrouvé des traces d'un mélange médicamenteux conséquent composé de Théralène et de Stillnox... Sur le verre posé à son chevet, vos empreintes digitales à tous deux, ont été relevées. Vous suivez bien ce récit de polar de gare de banlieue...Je continue : dans vos trousses respectives d'ailleurs posées au même endroit, c'est à dire sur le chevet de monsieur Rivet, les boites de somnifères sont pratiquement vides... Etrange, non ?

- C'est quoi ce bordel ?

- Ce bordel ? Mais moi, je vous retourne la formule, cher monsieur Rivet, avec une première question :  ces deux tranquillisants sont-ils à vous ?

- Non, moi,  j'ai le mien le Stillnox,  madame Panchon, c'est l'autre.

- Alors pourquoi sa boite se retrouve sur votre chevet ? Et vous madame Panchon, un semblant de réponse ? Oui, non ... et pendant que j'y pense, avez vous pris tous les deux votre traitement, ce soir là ?

- Heu, non...

- Et vous madame ?

- Non plus...

- Et pourquoi, l'apaisement des lieux, la prière, et le salvateur sommeil viendrait ici comme par grâce, machinalement ?

Un grand silence, suit cette rafale de questions. Marie-Claire, est blanche comme un linge de carême, Charles-Henry, lui décline, du front au menton, dans toutes les nuances du rouge.

- Vous n'avez aucune explication cohérente ?

- C'est une malédiction, un traquenard horrible, hurle la quadragénaire, avant que de se rouler sur le sol, en mille tremblements incontrôlés.

- Et à part çà, monsieur Rivet, il y a bien, nous le sentons tous assez bien, quelques non-dits dans cette histoire ?

Les deux mains appuyées sur sa tête rouge-homard, Charles-Henry, concède :

- Pour moi, la seule chose cachée de drame, c'est que... c'est que... voilà,  nous avons couchés ensemble cette nuit-là !

A cette simple évocation, Marie-Claire, toujours recroquevillée à même le parquet, hurle de plus belle :

- C'est horrible, c'est affreux, je voudrais mourir de honte, là toute suite maintenant !

En glissant discrètement un  « zan »  dans sa bouche biscornue, l'officier Vautrin, reprend :

- Madame, je vous en prie, cessez vos minauderies théâtralisées, et bien en face que pouvez-vous argumenter pour votre défense ? C'est pas vous, c'est lui qui vous a forcé ?  Comment avez vous eu l'idée de faire disparaitre André, et pourquoi ? 

- Mes empreintes sur le verre... c'est Dédé, en détresse qui m'a appelé. Il tremblait, je l'ai fait boire, c'est tout, c'est tout, je le jure, Je le jure !

Marie-Claire, un peu calmée renchérit : 

- Moi aussi, quand il a crié la seconde fois, j'ai fait de même pour répondre à sa pressante demande d'aide, avec le verre se trouvant près de lui, que j'ai rempli au lavabo.

- Et les comprimés madame, monsieur, par quels tours de passe-passe, ont-il été dilués dans les boyaux du défunt ? Bien sûr, pas de réponse, quand tout semble à charge contre vous.

- Avez-vous madame, monsieur quelque chose à rajouter ?

- Madame Panchon, non ? bien, bien...

- Moi si... je ne sais pas si cela est important, mais lorsque Marie-Claire, qui s'était proposée à répondre la seconde fois à l'appel de monsieur Chavanieux, je me souviens d'avoir trouvé, qu'elle avait mis un temps infini pour revenir. D'ailleurs, je crois bien que j'ai fini par m'endormir...

- Ah, bien en voilà du détail comme dirait l'autre. Pas très gentleman, très orienté, mais qui aura certainement, son importance dans cette instruction. Madame Panchon, qu'en dites-vous, mensonge, délation gratuite ?

- C'est un pervers, un menteur, une raclure, un dangereux manipulateur, la seule vérité, est que cet homme effectivement m'a souillé, je ne sais pas comment ni par quelle monstrueuse malice, dans ce lieu sacré.

Nous allons donc en rester là pour ce matin. Inutile de vous dire que vous êtes immédiatement en état d'arrestation en accord avec Madame Cécile Vesin, magistrate au tribunal d'instance d'Aix les Bains, qui statuera désormais sur la suite de ce dossier. J'espère que l'isolement qui vient sera propice, à la réflexion pour chacun de vous. A très, très bientôt, merci ! Madame, monsieur...

Les menottes, des pleurs, les deux coupables et présumés si peu innocents, sont embarqués dare-dare, dans un fourgon bleu, destination la prison  de Chambéry/Belledone, adaptée à la situation puisque disposant d'un quartier détenues femmes.

Durant la semaine de détention écoulée, Charles-Henry, à pris la décision de sacrifier deux de ses assurance-vies, pour s'offrir les services d'un grand avocat, pour le sortir de ce guêpier. La vie carcérale, il s'en doutait comme tout un chacun, mais la promiscuité, l'irrespect et l'avilissement à ce point, il n'était point préparé. Le point d'orgue de ces surprises, ayant été pour lui, la séquence des douches partagées... Il n'est pas prêt d'oublier cette mésaventure.

Cela fait maintenant  quatre jours, que la chape de plomb carcérale, s'est renfermée sur les deux suspects de l'Abbaye de Hautecombe. Charles-Henry, pour combler l'ennui, activité principale partagée de ces lieux, n'a pas eu bien le choix, lorsque le chariot de la bibliothèque ambulante est passé. Allongé, il parcourt négligemment un biographie de Françoise Hardy. Au dessous de lui, un détenu Albanais tendu, visionne un vieux porno bruyant et "dégueu " sur une tablette noire et toute rayée.

 

De son côté, à l'opposé dans l'aile féminine réservée, Marie-Claire, est assise, pieds en tailleur, dos contre le mur, dans la couche du haut. Bourré de sédatifs, le teint blême, elle tourne avec une extrême lenteur les pages de son livre : les Pensées de Saint Augustin, ouvrage d érudition, que sa soeur cadette lui a apporté au parloir, ce matin. Sous elle, Katia de Bondy,  sa compagne d'enfermement, étendue sur le ventre, ébranlée, dévore le Con d'Iréne, dans ses meilleures feuilles reprisent dans un numéro spécial d’un magazine LGBT, consacré à Muriel Robin et à Louis Aragon...

 Comme peut et sans gêne l'écrire Marc Lévy, tous les deux livres : Il est vingt heures quand au loin le destin, s'agite dans un étrange et surprenant dessein... Puis, il se rapproche prenant les pas d'un gardien au physique plus qu'ingrat. Dans l'ouverture faite dans la porte métallique, il hurle :

 - Rivet, Rivet, demain matin !  Tenez vous prêt, convocation à neuf heures chez le juge, t'as compris ?

 Au même moment, la même scène parallèlement se reproduit côté femme.

 - Marie-Claire Panchon, madame la juge du parquet, vous convoque, ma collègue passera vous chercher à huit heures. Soyez prête, bonne nuit  à vous !

 Autant dire ou ici l'écrire, la nuit fût agitée, de courte durée et surtout emplit d’une multitude de questionnements pour nos deux suspects.

 Séquence incroyable, nous sommes subitement, là maintenant et sans plus de transition ( on croirait du Claude Lelouch haché, I-Phone en main, travelling avant ) dans le bureau de Cécile Vesin, la magistrate chargée de l'instruction.

 Encore plus extraordinaire comme dirait Stephan Bern, après avoir vendu trois cent vérandas, madame la juge est physiquement la doublure de Cécile de France. Des yeux de soleil, une ample chevelure, une bouche sensuelle pareillement délicieuse à celle de la comédienne,  avec le même charme simple et discret  des gens venant du pays plat. Une authentique beauté dans sa robe noire,  qui donnerait quelque soit ses orientations, l'envie de déposer à ses pieds, des fleurs coupées rouges carmins ou des chocolats fins subtilement fourrés, Jeff de Bruges.

- Mesdames, messieurs, maîtres, veuillez prendre place, s'il vous plait.  Oui, entrez

Aie, aie, aie, qui a parlé ? C'est pas Cécile, c'est Anne Romanoff... ventriloque dans la bouche de l'actrice Belge... Ah çà,  le charme,  je dis vous pas, est alors totalement rompu...

A la droite de Charles-Henry, non c'est pas encore un sosie ?

- Bonjour Maitre Dupont-Moretti, dit l'avocate de Marie-Claire en lui serrant virilement la pogne.

C'est lui ! Oui c'est lui, comme à la télé. Les gros yeux sombres, les grosses joues, la barbe de trois jours, et il tire bien comme toujours la gueule, façon « actor-studio » à la De Niro. Pétard de pétard,  le Rivet, y va casquer bonbon avec cette pointure du code pénal, assis dans la salle.

L'avocate de madame Panchon, elle, est moins « people » inconnue  du bottin mondain. Néanmoins son visage seul, rappelle à s'y méprendre, hormis un poireau poilu sur la joue droite, celui de Brigitte Lahaye. Même front, même ride au coin de la bouche, même ovale de la tête, elle lui ressemble, c'est fou comme deux gouttes d'eau ou de liquide séminale pour rester dans la métaphore de l'âge d'or, celle régalant en VHS et sans balance incontrôlée, les porcs des années soixante dix...

- Nous pouvons y aller ? oui, entrez !

- Je suis vraiment désolé, veuillez m'excuser du retard...

- Monsieur Edouard Vautrin,  est le chef de l'unité de recherche de la gendarmerie, veuillez, je vous en prie, veuillez prendre place vers moi, à côté  du greffier. Nous pouvons commencer ? Bien, la séance autant vous prévenir sera curieusement de courte durée. En effet, hier soir monsieur Vautrin, m'a fait part d'un élément stupéfiant. A savoir que madame Colette Chavanieux, née Grusset, lui avait remis un écrit retrouvé dans les affaires de son défunt époux. Monsieur Vautrin, je vous laisse le soin de lire ce billet.

- Colette :  " S'il te reste une once non pas d'amour, ni de respect mais de pitié envers moi, merci de transmettre ce mot à l'autorité judiciaire, après ma disparition.

  Pardon, merci, je n'ai jamais été foutu du moindre bonheur pour les autres et pour moi-même ...

 Moi, André Chavanieux,  certifie avoir mis fin à mes jours après avoir dérobé les somnifères de Charles-Henry et de Marie-Claire !

 J'emmerde haut et fort, la justice des hommes, la société dans l'ensemble de ses institutions ! 

 Prend soin de toi, Dédé."

 Stupeur et tremblements, une onde électrique parcourt l'assemblée ( non merde... Marc Lévy, çà suffit les poncifs ! ) Le plus expressif dans la révélation de cette nouvelle, c'est maître Dupont-Moretti, dont le visage s'est immédiatement et plus encore refermé. Quelque chose dans son regard, pour le coup bovin, semble dire : saloperie,  coquin de sort, tout cela ne va pas enrichir mon étude ! Cependant, en remontant ses lunettes sur son front dégarni, il demande la parole en levant la main.

 - Je vous en prie, Maitre, nous vous écoutons.

 - Voilà, je voudrais vous dire que Monsieur Rivet et moi- même, nous sommes évidemment soulagés de ce coup de théâtre qui survient dans cette procédure. Compte tenu de mon emploi du temps très chargé, je me propose madame la juge, de vous faire transmettre dans quelques semaines, une requête en demande d'indemnisation. En effet, mon client, pour lequel je n'ai jamais douté de son innocence à subit des préjudices énormes... Soit entre autre, la demande de divorce de son épouse, sans parler des sévices particuliers signalés à la maison d'arrêt de Chambéry... Avec, votre permission, je me propose de vous quitter, pour espérer prendre le prochain train à destination de Bordeaux où une plaidoirie compliquée m'attend demain, en début d'après-midi.

 - C'est entendu, une petit paraphe auprès de mon huissier, et nous vous souhaitons bonne route.

 Cabotin un jour, cabotin toujours, après avoir salué, chaque membre de l'assemblée, le chantre des barreaux, souriant, prend la   tangente, sûr de tous ses effets de manches.

 L'avocate de Marie-Claire, visiblement impressionnée par son confrère, s'adresse à la magistrate, en commençant par des balbutiements.

- Madame Panflon, pardon... Panchon, également a été la victime d'un préjudice moral important. Outre la privation de liberté, son image dans les milieux de la catéchèse où elle évolue habituellement, a été profondément salit.

- Oui, oui, je vous propose donc de faire comme maître Dupont-Moretti, en transmettant votre dossier à mes services. Madame Panchon, monsieur Rivet, il va de soit, que toutes les charges relevées sont caduques  et le non-lieu prononcé, ceci impliquant ce jour, votre  libération immédiate.

Bonne nouvelle, l'histoire est finie !

Comment cela, bonne nouvelle ? Il est con ou quoi, cet auteur la bonne nouvelle, qui est un art littéraire particulier et à part entière, se mesure  au soin de sa chute.

La jugement, la sanction dépendra invariablement d'elle. Toi, ma lectrice unique et vous autres peut être, qui suivez tous les débuts d'après midi sur France 2, l'émission :  " çà commence aujourd'hui " je pressent vos exigences en vous invitant ce soir, à connaître le dénouement final de cette histoire alambiquée.

Il faut bien l'admettre, Maitre Dupont-Moretti, que l'on est pas obligé d'aimer, est un crack du pénal. Non seulement le cabinet de ce dernier a perçu de gros émoluments de la part de son client, mais et surtout,  il a obtenu pour ce dernier une indemnisation conséquente lui permettant l'achat d'un camping-car neuf et tout confort, s'ajoutant avec la possibilité financière pour Charles-Henry, d'envisager une année sabbatique. La justice passe, le contribuable contribue, le fléau est toujours penché du même côté, dans la balance de la société...

Pour Marie-Claire, on se doutera bien, que la somme allouée, n'a rien à voir. Aussi, nous saluerons ensemble, son geste toute en chrétienté. Celui d'un don, permettant à Colette Chavanieux, veuve dans le besoin, l'achat d'un vélo électrique, lui permettant de soulager ses problèmes variqueux, lors de ses fréquents déplacements d'aide à domicile.

Il est dix heures à l'horloge de l'Abbaye. Nous sommes le 29 septembre, il fait déjà,  une chaleur du diable. Sous les robes de bure, la transpiration s'insinue. Le père Laurent Favre, tri et ouvre le courrier du matin. Le Figaro, la Croix, une douzaine de lettres et une carte postale, représentant un dromadaire...

- Frère Arthur, frère Antoine, vous m'entendez ? Nous avons une carte de Charles-Henry Rivet !

- Oui, Père nous sommes là, répondent en choeur les deux obligés de Dieu, astiquant un pied de table dans le couloir attenant.

- Ecoutez cela : " Un grand bonjour de Marrakech, où nous poursuivons notre aventure de traversée du Maroc. Bertrand, mon... ( et en baissant d'un coup la voix ...) mon amoureux et moi-même, nous saluons toute la communauté du Chemin Neuf.

Tout fini bien se dit dans sa tête, le Père Laurent, fataliste. Oui tout se finit bien, enfin presque ...

 

(Auteur : Polycarpe- Christian Cornier) 

 

 

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