Songes en mauvaise part :

 

Revenu ce saugrenu Damas ancien de mon histoire

Dans la nuit d'un voyage à l'envers flashé au matin

La quête revenue de distinguer ma vie quand se mêle le vent

De tout ce qui en moi est incompréhensible

L'orgueil fou en rêves de tempêtes ou d'abordages

Et dans la houle, aggripé en haut d'un mât glissant

Sortir en Judas de la foule juste un moment et ressentir

Les vertiges donnés par les yeux de ceux qui n'oseront pas

Les fadaises et les faiblesses de l'esprit en haut des marches

Retombent pourtant toujours grèle de vanité trempé de ridicule

Le papillon condamné au jour brûlera avant l'heure devant la lumière

Comme les hommes faute encore de n'y comprendre rien 

A sa peur, à sa vie, à la mort...

 

La jeune fille au violoncelle :

 

Vous jouiez du violoncelle

Dans une église apaisée

Sans Dieu, que je puisse ressentir

Mais la musique aidant

Votre âme m'est apparue

Mon Dieu qu'elle était belle

" La musique nous lavent de nos peines..."

 

Dans les croches de Handels

Votre main était gracile

M'entrouvant la foi

Celle des hommes

Infiniment petits

Qui se demandent

Les yeux plantés au ciel

Où se cachent 

Les maîtres de la vie ?

Et qui frissonnent en silence

Devant l'inconnue : la mort et l'infini

" La musique nous lavent de nos peines..."

 

Dans cette petite chapelle

Un instant  j'avais laissé

Cette arrogance à mentir

Aux autres ou à moi-même

Comme devant un paravent

A mes peurs mises à nues

D'une  vie sans rimmel

" Oui, la musique me lave de mes peines... "

 

Comme des grains de sel

Vos notes retombaient habiles

Sur mes plaies à l'endroit

Où le temps jamais ne gomme

Les douleurs vraies ressenties

Je reçus alors comme une offrande

Ce voyage à l'essentiel

Et sans que tu le saches

Ma moitié, ta vie

A mes côtes, ta présence

Aussi je l'ai béni

" Elle lave ma vie de toutes ses peines..."

 

Ecrire encore :

 

Elle m'est revenue plus tôt que je ne le pensais

L'envie de partir dans cette île blanche

Où le monde à mes délires se soumet

Où ma plume caresse et tue

L'angoisse de ne pas sentir en moi suffisamment d'existence

Au point de devoir animer des fantômes

Des vies pleines sur papier

Aventureuses et osées

Comme avant

Dans mes rêves adolescents

Où le monde Capitaine Fracasse

Etait à prendre à l'épée...

 

Les maux cachés :

 

Semblant qui sonne

Faux fuyant l'avenir

Promis aux hommes

Les dernières gouttes

D'autant de maldonne

Tombent, le vase rond

Point mais il déborde...

 

Avidités, cupidités, forces

Nées chez les hommes

Cigüe alimentée en nous

Veaux d'or et déjà

Quête perdue des foules

En autant de dérisoires

Voilà comment nous sommes...

 

Toutes nos fuites impardonables

Face à ce que nous savons

D'autres cash ou bien vous

Trés chers parvenus payeront

Demain la dîme millénaire

De rien du moindre raisonnable

Passage singé des hommes

Sur notre belle terre minée

Là devant nous, devant

Par des salauds qui vont gagner...

 

De l'or, de l'or et encore

Puis acheter tant pis la mort

De l'humanité

Puisqu'on aura ces derniers temps

Lâchement, veûlement

A cette caste, hélas feu Bakounine

Un peu puis beaucoup

Et finalement tout cédé...

 

Bella Bruna, sotto luna :

 

La brunette promenait ses grâces sur le soir

Je n'avais embrassé que quinze printemps

Mais déjà, j'en étais transporté

Dans ce temps j'avais en moi encore innocence

La belle ingrate me l'a friponnée

Il y eu délice, volupté, veuillez m'en croire

Mes sens en furent tous irrigués par le sang

Et dans ma jeune tête, mille félicités

Depuis ce jour dépucelé, élu de la providence

Epicure devint un de mes maîtres à penser...

 

Hisser haut :

 

Tanguer entre la vague d'avant, et le vague de maintenant...

Entre deux points, sentir le vide, presque rien...

L'instant présent, une corde raide au noeud coulant...

Ne pas s'y pendre, faire encore semblant...

Souquer ferme, se reprendre, souquer haut dans le vent...

Et hisser haut, son esprit loin des tourments...

 

Le bruit du silence :

 

Il est parfois pire bruit que le silence

Comme celui qui laisse sans voix

Ni écrit, le demandeur devant cette impasse.

Que me vaut cette soudaine ignorance

Qui distille chaque jour le froid

Poison qui lentement m'efface ?

A cette douleur qui me lance

L'antidote s'appelle un geste de toi

Et comprendre dans le brouillard et la nasse

Où je me suis paumé !

 

Grise mélancolie :

 

Quand sombre en toi

Le temps des brouillards

Et celui des vents de suroit

Déridant les eaux grises

Quand remonte le froid

Aux blanches ailes buvards

Des oiseaux aux cris d'émoi...

 

La mélancolie est de mise

L'hiver las, je le crois

Est fait un peu pour çà

Rentrer en mue de soi

Pour mieux se voir

Et revenir aux autres 

Nus, bien avant le printemps

Des nouvelles gourmandises...

 

La musique :

 

La musique se joue des airs

J'erre triste et malheureux

Quelques notes et par mystère

L'amer saute et devient délicieux

 

La musique se joue des histoires

Rembobine les films d'émotion

Un accord et je peux revoir

Telle Ondine un instant de passion

 

La musique se joue des amours

Etire ses violons entre regrets

Et battements sourds

Consentement et sentiment de paix

 

La musique, ma chair

Ma tour d'ivoire

Mon amour, ma guerre

Mon envie d'y croire...

 

Sans dessus-dessous :