« Presque rien n’est stable, et voici, tout près, le gouffre infini du passé et de l’avenir où tout s’évanouit… »

(Marc Aurèle)

 

En repartant précipitamment, le Yannick, marche sur l’extrémité retournée de son râteau Il est en à deux dents de se manger le manche en pleine poire, comme dans un vieux film de Max Linder…

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Quelques instants plus tard, je reconnais l’emplacement du bureau de Sophie Hatt.

- Non, la chienne, je la garde. Je vous attends , Jean-Benoit.

Le pauvre, il va sans peu de doute, encore ramasser des reproches à la pelle, par ma faute.

Lorsqu’il ressort, il ne semble pas plus affecté que cela.

La journée se poursuit dans le calme et la sérénité. Le président est en déplacement. Quant à moi, je suis déplacé jusqu’à ma niche qui vient d’être installée.

Le grand luxe, nous sommes forcément en ce lieu jamais dans l’ordinaire. Mon abri en bois exotique teinté et imputrescible ferait le bonheur à n’en pas zoner d’un SDF de Paris.

En y entrant, c’est tout juste si je m’attend pas a y découvrir une télé ou une tablette. Dans la partie salon aménagée à ma hauteur, je dispose de larges banquettes moelleuses.

Bravo et merci, la Julie !

Rien à dire, sur les jours qui suivent. Si, uniquement un léger incident, mais qui a provoqué au final, le rire du président et de ses invités.

C’était une réception des lecteurs du Parisien.

François, avait appelé Jean-Benoit, ses invités demandant à voir la fameuse Philaé.

Nous avons déboulés au milieu des convives. En exprimant trop vivement ma joie, j’ai renversé une jeune lectrice du quotidien.

Ce fut, pour mon maître l’occasion une fois de plus d’un bon mot pour briller en feinte simplicité.

 

Ni pour, ni contre, bien au contraire :

 

 Une semaine plus tard, un soir François, Julie et moi, réunis dans les appartements privés, il est une fois encore question de chienne indisciplinée.

-  Non, non Julie, on ne peut pas faire autrement. Il faut la tenir en laisse.

- Si, si il y forcément une solution. Cette bête est certainement malheureuse. Son duo avec ce Jean-Benoit, toujours derrière aux aguets, çà commence à faire rire.

- Pour l’instant,je ne vois...

Sans lui laisser le temps de formuler son argument, Julie, poursuit :

- Je connais une personne, elle s’appelle Karina. Je l’ai rencontré sur un plateau. Elle pourrait nous aider. Elle est directrice d’une société… Dog ? Dog ? Dog Acting, oui c’est cela, spécialisée dans le casting et le coaching des chiens pour le cinéma. Je pourrais l’appeler, pour qu’elle vienne ici sur place pour un dressage express de cette adorable petite chienne.

La proposition est retenue.  Moi, je retiens une fois encore, que cette jolie maitresse fréquentant maintenant de plus en plus souvent ces appartements, éprouve de l’amour à mon endroit. Cet attachement à lieu de foutre mon coeur à l’envers.

La conversation se poursuit entre les deux amants les plus célèbres de France. Il est question d’une rumeur sur une suite probable d’un best-seller juste avant les prochaines élections.

Mon maître à sa trogne des mauvais jours...

- Allez hop, toi Philaé, j’en ai assez de t’entendre haleter. Tu files dans ta niche !

J’en saurais pas plus ? Que nenni, ici tout fini par se savoir.

L’Elysée, n’oublions pas, c’est 86O langues déliées, 1719 oreilles tendues à l’affût du moindre potin, du moindre os de ragot ou d’intimité de la république à ronger ensemble.

Autant de bruissements et d’intrigues comme au temps décrié de la cour du roi Louis XVI.

Rien d’étonnant, puisque le décor n’a guère changé et que les hommes eux, ne changeront pas…

Salon_Pompadour_du_palais_de_l'Élysée

- Bonjour, Jean-Benoit, moi je suis madame Laproye, Karina, pour vous aider. Bonjour belle Philaé, tu es adorable comme tout!

La dresseuse relation de Julie qui vient d’arriver à l’Elysée, est gracieuse à souhait. D’emblée elle me plait.

- Savez-vous où nous pourrions être tranquille, pour la première des trente séances prévues ?

- Oui, bien sûr, bafouille mon tireur de laisse. Il a l’air tout émoustillé par cette maitresse femme.

La grande porte refermée, dans le silence feutré d’un salon, nous commençons.

 

(la suite, si vous n'avez rien d'autre à faire, vendredi prochain...)